Les traumatismes psychologiques

Parmi la population mobilisée sous les drapeaux, certains soldats ou médecins au plus près des atrocités développaient des traumatiques psychologiques plus ou moins intenses. En raison de scènes dont ils avaient été témoin ou acteur, des soldats, sans lésion physique apparente, présentaient des troubles importants : paralysies, tremblements, surdité ou encore troubles visuels.

La Première Guerre mondiale vit donc l’émergence de nouvelles pathologies. Ces cas encore non-identifiés furent l’objet de nombreux débats au sein de la communauté scientifique qui s’interrogea sur l’origine de leur mal et essaya de définir une pathologie qui reçut différentes appellations, dont celle de « psycho-névroses », « plicatures », « pithiatisme » ou encore « peur morbide acquise ».

Les psycho-névrosés, victimes en réalité d’un choc émotif grave, étaient souvent considérés avec suspicion comme des exagérateurs voire des simulateurs et les thérapies employées pour les traiter s’en ressentaient : électrothérapie, plâtrage sous anesthésie…. A Montpellier néanmoins, le Professeur Emile Grasset, qui dirigeait alors le centre de physiothérapie, tenta de mettre en œuvre une rééducation raisonnée par le biais d’activités manuelles ou physiques.

Plicature vertébrale psychonévrotique

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Camptocormie, 1918
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

La collection de statuettes en cire réalisées par le sculpteur Raymond Sudre témoigne de la place prépondérante que ces cas occupèrent dans le discours médical de l'époque.

Plicature vertébrale psychonévrotique

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Dès les premières semaines du conflit, les centres sanitaires de l’armée assistèrent à un afflux de blessés dont nul n’avait jamais entendu parler dans les milieux de la médecine militaire : « plicaturés vertébraux » pliés en deux, « contracturés » avec des pieds et des mains tordus, « trembleurs chroniques », paralysés, etc… Fruit d’un choc émotif, ces affections furent bientôt fédérées sous l’appellation générique d’« obusite » ou de « sinistrose ». Mais ces blessés ne présentant aucune lésion, ils étaient classés parmi les hystériques.

Contraction avec extension du membre inférieur
côté gauche

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Contraction avec extension du membre inférieur côté gauche. Phsychonévrotique
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

L’hystérie fut rebaptisée sous le nom de «pithiatisme» (du grec "je persuade" et "guérir").
Le pithiatisme s’installe en trois temps. Dans un premier temps, le malade s’immobilise dans sa douleur. En l’absence de soins spécifiques, cette attitude se fixe (stade hystérique). En troisième lieu, se greffent des complications articulaires qui incitent le sujet à persévérer.

Psychonévrotique, pied bot côté droit

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Pied bot côté droit. Psychonévrotique
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Les complications tenaient à l’absence de traitement précoce. En effet, les objectifs étaient clairs : il fallait dépister les pithiatiques, leur administrer un traitement précoce dans des centres spéciaux et alléger les hôpitaux en les renvoyant au front. On les accusait de persévération ou encore de simulation.

Paraplégie psychonévrotique

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Paraplégie psychonévrotique
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Dès son admission, le contracturé fasait l’objet d’un procès d’intention. D’emblée, sa "thérapie" était donc placée sous le signe de la sanction : isolement, privations (de nourriture, de tabac, de correspondance, de visites, de lectures,...), immobilisation forcée dans des carcans de plâtre, électrothérapie dit "torpillage", etc.
Ils devaient "décrocher", selon l’expression consacrée, et épargner les "vrais" blessés de toute contagion.

Psychonévrotique, double pied bot

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Double pied bot. Psychonévrotique, 1918
Cire polychrome, métal, bois (socle). Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Les « méthodes brusquées » de contention ou de torpillage firent l’unanimité dans les centres psychiatriques, du moins jusqu’en 1918.
Seuls les Pr. Sollier et Grasset en signalèrent les dangers. A Montpellier, Grasset et Villaret constatèrent que « les moyens violents d’électrothérapie ou de redressement mécanique ne produisent qu’une exaspération des contractures de défense » (XVIème région, rapport du mois de décembre 1916, ASSA, carton A 69).

Exercices sportifs


Extrait de BRIEUX., Georges BROUARDEL, Jacques BERTILLON, Maurice BOUCHOR, Joseph MAUNOURY et al., Science et dévouement : le service de santé, la Croix-Rouge, les oeuvres de solidarité, Paris : Aristide Quillet, 1917.
© UM

A Montpellier, le Pr. Grasset créa un atelier de fabrication d’appareils orthopédiques et un terrain de sport. Les pithiatiques se remettaient à jouer à la pétanque ou au football sans avoir été torpillés.

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Portrait du professeur GRASSET (1849-1918)

Université de Montpellier

Leenhardt Michel Maximilien
Portrait de Joseph Marie Eugène Grasset
Huile sur toile, 1920. Classé MH.
UFR de Médecine
© UM

Joseph Grasset est né le 18 mars 1849 à Montpellier et y est décédé le 7 juillet 1918. Docteur en médecine à la Faculté de Montpellier à partir de 1873, il est également professeur de clinique médicale et philosophe. Membre de l'Académie nationale de médecine, section anatomie et physiologie, il est un des premiers scientifiques à s'opposer au discours médical de l'époque et défendre l'idée d'une rééducation douce pour les psycho-névrosés.

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Extrait de "La Marsouille"

Fiolle (Paul), La Marsouille,Paris : Payot, 1917. p.146-147.
© UM

Dans cet extrait, Paul Fiolle expose, à travers l'agonie d'un soldat, les douleurs aussi bien physiques que psychologiques des hommes sur le front. En effet, des troubles comportementaux comme des insomnies, cauchemars, paranoïa, hallucinations, etc. apparaissent aussi en situation de guerre.

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