La chirurgie de guerre

Le caractère le plus souvent multiple et grave des blessures des soldats fit considérablement évoluer la pratique chirurgicale. Elle devint une chirurgie d’urgence et s’accompagna de la mise en place d’équipes spécialisées comme par exemple en anesthésie, en radiologie ou en bactériologie.

Un nombre important de blessés présentait des lésions des mâchoires et de la face, ces dernières nécessitant un traitement à la fois chirurgical et prothétique. Les lésions de la face étaient certes rarement mortelles mais concernaient le visage, lieu d’expression de 4 sens sur 5 et siège du langage et de la personnalité de l’individu. Ces hommes défigurés, appelés également « Gueules Cassées » nécessitaient un traitement long et délicat, car plusieurs interventions étaient parfois indispensables. Le patient pouvait être ainsi hospitalisé pendant plusieurs mois, voire des années.

En raison du très grand nombre de blessés de la face et de la mâchoire pendant la guerre (500 000 sur 3 500 000 millions de blessés), la création de centres maxillo-faciaux, répondit à un besoin impérieux. Il exista non seulement une équipe mobile par armée, mais aussi des centres maxillo-faciaux dans la zone de l’intérieur. Outre les trois centres principaux de Paris, Lyon et Bordeaux créés dès 1914, des centres annexes furent ouverts dans les régions militaires. Celui de Montpellier, dirigé par le médecin principal Forgue, eut une capacité d’accueil de 200 lits.

Fracture faite par un fusil Lebel

Université de Montpellier

Os, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Cadot

Les fusils Lebels étaient les armes utilisées par l'infanterie. Le Professeur Forgue analysait les blessures provoquées par ce fusil afin de mettre au point des techniques de soins adaptées.

Plaques de Lambotte, 1922

Université de Montpellier

Os, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Cadot

Cette période marque les débuts de l’ostéosynthèse (ensemble des procédés qui permettent de traiter des fractures à l'aide de vis, de plaques, de clous, de tiges etc.) qui ne fut utilisée que rarement en raison du risque d’intolérance de l’organisme vis-à-vis de corps étrangers tels que les vis ou les plaques métalliques. Toutefois, certains cas de blessures ont fait l’objet d’ostéosynthèse systématique.
Par ailleurs, les pertes de substance osseuse étaient si fréquentes que la technique des greffes osseuses s’est rapidement développée pendant la guerre.

Eclats d'obus extraits de plaies

Université de Montpellier

Os, métal, photographie. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Cadot

Rapportés du front par le Professeur Soubeyran au cours des années 1917 et 1918, ces morceaux d'obus qui ne sont pas parmi les plus importants en taille, permettent d'imaginer les dégâts causés dans un corps. Une photographie illustre la gravité des blessures de guerre sur le visage.

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Appareil dentaire

Université de Montpellier

Plâtre, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Appareil de contention à verrou pour tout maxillaire inférieur et perte large de substance.

Appareils dentaires

Université de Montpellier

Plâtre, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Différents appareils dentaires.

Appareil dentaire

Université de Montpellier

Plâtre, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Appareil de restauration et de contention de pseudarthrose, c'est-à-dire une « fausse » articulation d'un os à l'endroit d'une fracture résultant de la cicatrisation indépendante des pièces de la fracture.

Appareil dentaire

Université de Montpellier

Plâtre, métal. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Appareil à vis et à clavette pour fracture maxillaire inférieur siégeant entre la 2e incisive et la canine gauche.

" Gueule cassée "

Université de Montpellier

Masque, Plâtre. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Chavanne

Comme les dessins ou les photographies, ce masque servait à documenter les opérations de chirurgie maxillo-faciale effectuées sur les blessés. Il témoigne de la souffrance des "gueules cassées". On peut voir, en plus de la défiguration, les complications respiratoires que vivaient ces blessés au quotidien.

" Gueule cassée "

Université de Montpellier

Masque, Plâtre. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Chavanne

Après un traitement immédiat assurant la survie du blessé, était effectué un traitement primaire pour limiter les complications fonctionnelles et esthétiques, et un traitement secondaire pour rétablir la fonction altérée ou perdue et améliorer l’aspect esthétique, notamment grâce à des prothèses.
Le traitement pouvait être long et délicat, plusieurs interventions étant souvent nécessaires ; le patient était alors hospitalisé pendant de longs mois, voire des années.

" Gueule cassée "

Université de Montpellier

Masque, Plâtre. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Chavanne

Les lésions maxillo-faciales étaient très complexes et d’une grande diversité, allant de la blessure « légère » par balle au vaste délabrement de la face dû à un éclat d’obus.

" Gueule cassée "

Université de Montpellier

Masque, Plâtre. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© L. Chavanne

Il pouvait aussi apparaître chez ces "gueules cassées" des complications osseuses (absence de consolidation ou pseudarthrose, consolidation vicieuse), ainsi que des séquelles au niveau des parties molles (cicatrisations vicieuses). Ces complications avaient des incidences non seulement fonctionnelles (occlusion des paupières rendue impossible par leur rétraction, troubles de la déglutition, de la mastication), mais aussi esthétiques, défigurant le blessé.

Masque représentant une lésion maxillo-faciale

Université de Montpellier

Raymond Sudre
Masque, Cire et plâtre. Classé MH.
Conservatoire d'anatomie de l'UFR de Médecine
© I. Pradier

Ce masque représente une blessure due à une balle entrée par la cavité buccale ayant occasionné une fracture du maxillaire inférieur.