Les thèses de guerre

À l’issue de leur scolarité, les étudiants rédigent une thèse en vue de l’obtention du titre de Docteur. Le nombre des thèses baisse considérablement, passant de 138 en 1912 à 36 en 1916, pour se relever en 1918 et atteindre le nombre de 243 en 1919/20. Dès 1914, un certain nombre de ces thèses est consacrée à des faits de guerre ou à des sujets de médecine ou de chirurgie de guerre.

C’est souvent à partir d’observations recueillies dans les hôpitaux de l’intérieur, mais aussi dans les formations chirurgicales de l’avant que ces thèses sont rédigées. Si beaucoup le sont loin du front, par des étudiants restés ou revenus à Montpellier, d’autres sont mises en œuvre alors même que leurs auteurs sont encore au front.

Ces travaux de fin d’études sont particulièrement intéressants pour l’histoire de la Grande Guerre puisqu’ils représentent des témoignages directs d’hommes de médecine. Ils apportent un éclairage précieux sur les techniques médicales appliquées aux blessés, leur évolution et leurs progrès ainsi que sur l’organisation des soins et des services médicaux. Outre ces éléments médicaux, les thèses évoquent également la vie des soldats.

Registre de soutenance des thèses, 1909-1918

Université de Montpellier

Archives de l'UFR de Médecine
© UM

Chacune des thèses soutenues à la Faculté de médecine était enregistrée dans des registres recensant la date de soutenance, le nom de l'étudiant, les noms des membres du jury de soutenance, le titre de la thèse et la mention attribuée.

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Thèse d'Hippolyte POISSON

BIU Montpellier, BU Médecine

Hippolyte POISSON, Des médecins prisonniers de la guerre des allemands: Comment ils furent traités, ce qu’ils virent, Montpellier : Impr. Firmin et Montane, 1916.
Cote : 295.008.1916
© UM

Hippolyte Poisson a connu 10 mois de captivité. Dans sa thèse, il relate les conditions de vie des médecins prisonniers et d'application des conventions de Genève. Ainsi, dans son introduction, il dénonce : "il nous sera facile de démontrer que, dans les cas les plus fréquent, la convention internationale de Genève du 6 juillet 1906 ne fut pas respectée, que les médecins et le personnel sanitaire furent le plus souvent traités en simples prisonniers de guerre".
Son écrit se compose ainsi :
Chapitre 1 : Comment nous fûmes faits prisonniers.
Chapitre 2 : Les hôpitaux de fortunes - nos blessés.
Chapitre 3 : Cas d'inanition.
Chapitre 4 : Le typhus exanthématique.

Thèse de Gaston Giraud

BIU Montpellier, BU Médecine

Gaston GIRAUD, L’association médico-cubitale dans les blessures des membres inférieurs, Paris : Jouve et Cie éditeurs, 1917.
Cote : 295.008.1917
© UM

Lorsque la guerre éclate, Gaston Giraud achève son cinquième semestre d’internat. Il a déjà effectué deux ans de service militaire, de 1909 à 1910. Interne, il n’a pas encore pu soutenir sa thèse. Il la rédige sur le front et réussit à la soutenir le 12 mars 1917 lors d'une permission. Il rentre à Montpellier en mai 1919. Il deviendra professeur de pathologie médicale puis de clinique médicale et sera doyen de la Faculté de 1941 à 1960.

Gaston Giraud

Collection particulière
Famille Giraud

Photographie
© Tous droits réservés

Gaston Giraud écrivit sa thèse sur le front. Il est présenté devant l'entrée d'une cave voutée servant de poste de recueil à Assevillers (Somme) en décembre 1916. De crainte de perdre le manuscrit de sa thèse, Il la garde sur lui, dans la poche gauche de sa vareuse.

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Thèse de François Bourgoing

BIU Montpellier, BU Médecine

François Bourgoing, Le rôle du médecin de bataillon et le fonctionnement du service de santé dans un bataillon d’infanterie, Montpellier : Impr. Firmin et Montane, 1918.
Cote : 295.008.1918
© UM

Au plus près des conditions de vie des combattants, François Bourgoing décrit, dans sa thèse, le rôle des médecins de bataillon et le fonctionnement du Service de santé au sein d'un bataillon d’infanterie. Sa thèse débute par des remerciements aux membres de l'académie mais également à tous les professeurs de la Faculté, au chef de bataillon M. Commailleau "en souvenir des bonnes et mauvaises heures passées ensemble, et de l'amitié qui nous unit" ainsi qu'à la mémoire de M. le sous-aide major Léon Bourcier "il fut pendant de long mois notre compagnon et notre ami", "un modèle de courage et de dévouement" selon sa dernière citation militaire.

Thèse de Paul Muselli

BIU Montpellier, BU Médecine

Paul MUSELLI, Les permissionnaires d'Orient et le réveil du paludisme, Montpellier : Impr. Firmin et Montane, 1918.
Cote : 295.008.1918
© UM

Paul Muselli consacre sa thèse aux réveils du paludisme. Il la commence par un constat alarmant : "la terrible guerre dont, depuis trois ans et demi, le monde entier supporte les ravages a soulevé d'innombrables problèmes médicaux. Parmi ceux-ci, il n'en est pas de plus intéressant et de plus important que celui qui a trait à l'importation chez nous de certaines maladies exotiques".

Thèse d'Henri VINON

BIU Montpellier, BU Médecine

Henri VINON, La chirurgie actuelle dans une ambulance de l’avant, Montpellier : Impr. Firmin et Montane, 1918.
Cote : 295.008.1918
© UM

Cette thèse, soutenue en juillet 1918, est un témoignage particulièrement intéressant.
Elle nous renseigne sur :
Chapitre 1 : Les premières heures du blessé de guerre. Son transport du champ de bataille à l'ambulance chirurgicale.
Chapitre 2 : Le traitement du blessé de guerre à l'ambulance chirurgicale et en particulier à l'ambulance de blessés dits intransportables.

Thèse d'Alfred Maurin

BIU Montpellier, BU Médecine

Alfred MAURIN, Contribution à l’étude du shock traumatique chez les grands blessés de guerre, Montpellier : Impr. Firmin et Montane, 1919.
Cote : 295.008.1919
© UM

Des thèses dites de guerre ont été soutenues jusqu'en 1921. Les années universitaires 1918/19 et 1919/20 ont été les deux années pendant lesquelles ces thèses ont été les plus nombreuses (21 thèses sur 111 soutenues pour 1918/19 et 33 sur 243 pour 1919/20).